
L'Inde comme elle est, nombreuse, milliardaire et la vie comme elle devrait être, multiple. Slumdog Millionaire. Une oxymore qui se débat dans le crâne, qui s'abat sur tous les murs de la pensée.
J'aime ce paradoxe parce qu'il est fertile.
Je crois que j'ai perdu le verbe, il a tout extériorisé, tout magnifié, plus que le désespoir l'émerveillement ne parle pas.
J'ai compris que le bonheur n'était pas premier, qu'il ne se laissait pas appréhender avec facilité, mais qu'il était là.
Cette grande différence entre les gens heureux et le monde ordinaire ne se limite pas à une disparité de condition.

Kant dans Critique de la faculté de juger écrit " L'art ce n'est pas la représentation d'une belle chose, mais la belle représentation d'une chose". Cette citation m'a toujours paru magique, comme le sont les mots de Proust, qui sont du français et qui évoquent pourtant un autre monde auquel je me sens enfin appartenir.
J'ai toujours eu le sentiment que d'une manière ou d'une autre la vérité sonnait différemment comme une note juste parmi le brouhaha, ou plus encore comme la pureté du son du cristal dans le silence, qu'il ne faut pas perdre et qui cependant s'estompe.
Et elle a toujours ressembler à mes yeux au Déjeuner sur l'herbe de Manet, aux bleus de Vermeer, aux déments de Kerouac, à Sans Soleil et irrémédiablement aux chansons de Bob Dylan.
Et de même que pour l'art, j'ai perçu à travers les yeux de Danny Boyle, que le bonheur n'était pas la perception d'une réalité plus belle mais la belle perception de cette réalité.
Tout semble confirmer le cliché selon quoi la vie est la meilleure école.
Ce qui me fascine tant dans toutes les manifestations de la réalité que j'affectionne, c'est qu'ils ont pu me présenter, à moi pour qui c'est une inconnue, l'existence en face à face.
L'existence se trouve dans un opéra qui nous captive alors qu'on vole un sac, ou un avion en papier sur le toit d'un train. Courir comme un dératé vers le Taj Mahal.
Cette lumière particulière des jours dont on ne sait rien, ces jours face à nous, prêt à être écrit sans être relus.
Odeur de liberté à être quelqu'un de fauché, qui erre, parce que c'est ce que nous faisons tous sans le vouloir, à faire front devant une réalité qui pue la misère et à la montrer avec toutes les couleurs du monde. Il y a plus de millions ici que n'importe où ailleurs, plus de magnifique dans les bidonvilles de Mumbai que dans les salons de Bel-Ami.
Il y aura toujours plus de grâce dans la façon de voir sa vie, que dans la vie elle-même. Il n'y a qu'une seule caverne et qu'un seul soleil, il y a ceux qui voient les ombres et ceux qui regardent des hommes.