jeudi 10 mars 2011

[Ich und Du] Aka Aka ft Umami


Le grand jeu des jeunes de 10 à 16 ans à Berlin en ce moment est de s'accrocher au U-bahn lorsqu'il démarre et d'y rester le plus longtemps possible, s'en suit une course effrénée, une fois l'appareil relâché, des hermès freinant leurs sandales ailées. Je trouve ça drôle et dangereux, de l'extérieur sortant à Leinestrasse, depuis la fenêtre dans le train partant de jannowitzbrücke, vert d'eau et jaune coquille en fond, ces vieux carreaux des stations berlinoises.
J'aime lorsque la Fernsehturm se laisse voir depuis ce bout de Hermanstrasse où j'habite parce que ça signifie qu'il fait beau, de ce ciel bleu qui n'existe qu'à Berlin, sans égratignure de nuages, sans la moindre imperfection, qui dessine chaque immeuble en construction, chaque rue aux pavés cassés, chaque tags aux grandeurs stalinienne, " es gibt ein blau Himmel ohne Wolken draus/ Il y a un ciel bleu sans nuage dehors", ce ciel bleu qu'on voit disparaître vers 6 heures à Tempelhof, lorsqu'il se mêle aux cerfs-volants, pleins de rose, d'orange et d'or. Lorsque la fumée blanche se dessine au loin. Berlin aux couchers de soleil magnifiques, allez donc voir sur Waschauerbrücke.
Berlin qui ressemble tant quand il fait beau à un tableau de Liebermann. Berlin et son ciel bleu qu'on ne voit en weekend que dans la matinée, lorsque nos yeux sont saouls et hallucinés et que la pupille n'en peut plus de s'écarter pour laisser entrer le soleil, à la sortie de ces boîtes qui ne ferment jamais, Golden gate, Wilde Renate, Berghain etc.

Berlin lorsque le printemps arrive enfin. Lorsqu'il n'y a plus de neige, plus de nuit à 16h, lorsqu'il fait froid mais qu'on ouvre en grand les fenêtres, lorsqu'on peut oublier ces semelles en peau de moutons.
Ce bourgeon de printemps à Berlin ressemble beaucoup, dans mon imaginaire, aux robes de Sonia Rykiel dans le défilé printemps été de cette année, avec GoldenBrown des Stranglers en fond musical, ces robes qui volent au vent irréel, des plumes et des plumes en manteau, la femme se transforme en oiseau.
Il faudrait que Berlin puisse rester à jamais comme ça, ce paradis perdu au milieu de l'Allemagne, au milieu de l'Europe, où les règles ont la plupart du temps un sens particulier, dans cet envers de la réalité qui lui rend toutes ces nuances, dans ce monde où respirer n'est plus une pression mais un pas vers l'autre.
Berlin où les petits moments ont de grandes proportions, où j'ai appris le sens des signes, aussi ténus soient-ils, lorsqu'ils indiquent la direction du coeur.
Berlin a l'esthétique du délabré, de la chose qui vieillit mal, qui se fend et se fissure, de ses vieux murs à aimer pour leurs laideurs, de cet esprit déjà un peu contrefait de fêtes illégales.
Berlin me fait beaucoup penser à ces mots d'Hölderlin "mais toi tu es né pour un jour limpide", parce que si Berlin vit la plupart du temps dans le froid, il n'y a pas de ville plus faite pour le soleil.