lundi 11 avril 2011

[think Africa] Seun Kuti


Côte d'Ivoire. Ce pays auquel j'appartiens,même si ce n'est que par les sens,même s'il n'y a pas réellement de jus soli, je me sens ivoirienne, ou au moins abidjanaise. Cet hôtel du golf qui abrite mes souvenirs de piscine, mes délices de sandwich au poulet, cet hôtel du golf qui est le foyer de mes premiers souvenirs à Abidjan, de quelques uns de mes souvenirs d'avant même l'enfance. Cocody, les deux plateaux, qui plus encore que mes réminiscences et mes amusements d'innocence, sont les endroits où habitent une partie de ma famille et des amis, de ces gens qui ont les visages qui sont les plus vieux dans mon esprit. Ce pays avec qui je vis, avec lequel je souffre et je souris, avec lequel je saute de joie à l'arrestation de Gbagbo, avec lequel je reste inquiète en attendant la suite. Ce pays dont j'ai vécu l'union, les maquis et les uniformes d'école, vichy bleu et shorts kakis, sortie de cour et mur d'escalade, grand bassam, poulet et poisson braisé. Ce pays dont les mots me sont communs et chéris, ces lieux qui m'emmènent dans un monde réel, quand pour les gens autour ils restent des nominations floues et compliquées à prononcer. La lagune que je longeai en voiture pour rentrer à la maison tous les jours, lagunes de mes tout jeune couchers de soleil, les deux plateaux de mes sorties du samedi après-midi, ce Cocody où j'habitai, cette ville que j'ai vécu, ce pays dont je me sens partie. Quand refonctionnera la PISAM? Qu'en est-il du Super Hyatt?
Cette identité multiple qu'on essaie de construire en Europe et qui est inhérente à l'appartenance africaine, faite de diaspora, de déménagements nombreux, de langues abondantes, d'accents et d'expressions imaginés et imagés, d'accents dessinés, d'expressions plus illustratives que beaucoup de caricature. Quand le verbe est un dessin. Aujourd'hui 11 avril où on comprend qu'en Afrique l'histoire se passe et s'accélère, comme en Tunisie, comme en Egypte, où la vie se déroulera à un rythme éreinté, suivant celui des battements de coeur, coeur bouleversé et plein d'allégresse, coeur inquiet et dans l'expectative.

«Non, vous n’êtes pas morts gratuits. Vous êtes les témoins de l’Afrique immortelle, vous êtes les témoins du monde nouveau qui sera demain.» Léopold Sedar Senghor.