samedi 24 novembre 2007

[The first day of my life] Bright Eyes

Les choses romantiques le sont dans les actes, rarement dans les mots. Racontés ils semblent surfaits et superficiels. Surfaits parce qu'ils semblent être sur-évalués par le conteur, superficiels car ils apparaissent sans racines.
Il n'y a aucun "Je t'aime" qui soit beau à raconter à une tierce personne, tout semble toujours trop sucré, trop mielleux; lorsqu'il s'agit des autres.
Il n'y a que ceux que l'on vit qui prennent la forme de monument. Monument que nous sommes trop fiers d'exhiber pour nous rendre compte que, comme les statues grecques, ils représentent, pour les autres, non pas l'amour comme il devrait être, mais l'idée d'amour, celle non-vécue, non consommée, intact. Comme ces poupées dans les hauts rayons des grands magasins, rangées avec symétries dans leurs emballages mi-carton, mi-plastique, arborant toutes le même sourire parfait, comme à l'infini; dont on rêve lorsque nous sommes petits et auxquels nous préférons, plus vieux, celle aux cheveux à moitié coupé et à l'oeil fendu qui nous conte le mieux l'histoire de notre enfance.
Cette poupée difforme il n'y a que nous pour y mettre de la tendresse, pour y voir toute sa beauté, non pas l'idée d'enfance, mais l'enfance elle-même, la nôtre.
Au contraire, en couple, alors qu'ils souhaiteraient montrer leurs poupées particuliéres ayant leurs propres irrégularités ainsi qu'en quoi celles-ci ne ressemblent à aucune autres, il ne nous apparaît à nous, spectateurs, que celles dans les rangées, sur lesquelles nous avons depuis bien longtemps cessé de fantasmer, pour les trouver angoissantes.
Voici à quoi je pensais, pendant que -visionnant les photos à développer de mes clients- je me lassais de voir, constamment, les mêmes photos de différents bébés.

J'ajoute, après avoir regarder le clip de Bright eyes:

Ce qui est alors le plus émouvant ce sont ces signes qui sortent des lieux communs, ces trop pleins de style dont parle Malraux -expliquant l'artiste. Cette vie à deux hors des sentiers battus, hors des photos de mariages en brillant format 20x30 encadrées et accrochées sur un des murs du salon, hors des mains tenues et tendues suivant la procédure du couple heureux, cette manière d'être ensemble sans être un couple de plus.
Un peu comme dans les films, les livres, certaines chansons et l'Art en Géneral.


3 commentaires:

Anonyme a dit…

moi en tout cas j'aime ton blog

Louis a dit…

Sans mauvais jeu de mots, je pense que l'on a une tendance naturelle au cliché lorsqu'on prend une photo. Une photo "artistique" ou perçue comme telle semble être celle que l'on considère comme la plus éloignée du verni kitsch traditionnel qui s'étale sur les murs des labos photos. Du coup, la photo la plus naturelle serait-elle paradoxalement celle qui fait le plus cliché?

Anonyme a dit…

je vois ce que tu veux dire et c'est exactement ça, l'authentique n'est pas ce qui vient en premier mais ce qui a été cherché, travaillé parce que ce n'est alors plus de l'imitation, mais nous dans notre vision particulière.
En outre les clichés peuvent être beau, il suffit peut-être parfois d'oublier que tout le monde le pense pour penser que "avoir des étoiles dans les yeux" ou " une pluie d'applaudissements" sont de belles métaphores. ( ça me rappelle une vieille conversation avec 2 personnes brillantes)