mercredi 7 décembre 2011

[a long time ago] Mayer Hawthorne


"no man is an island entire of itself [...] every man's death diminishes me/because I am involved in mankind"écrit John Donne. Plus encore qu'il n'est pas une île, chaque être humain est un Etat fédéral, chaque homme est un pouvoir central autour duquel s'agrègent des entités fédérées. Chaque disparition d'un homme laisse ses Länder flottants, crée une désunion profonde, effrite le lien originel des personnes entre elles. Chaque mort humaine est un Etat qui disparaît. Il disparaît avec toute sa procédure, tous ses rituels, tout son signifiant, son destin commun il l'emporte avec lui, il fait disparaître un pan du vivre ensemble. Son drapeau flotte sans faire signe, il laisse la trace de cette fête nationale qu'on ne célèbre plus, de cette hymne qu'on n'entonne plus. Il laisse les anciens états fédérées à la recherche d'un lien, d'un bund, qu'il est difficile de reconstruire. Comment fait-on pour s'aimer entre nous lorsque l'être que l'on aimait en commun n'est plus?

*****
Je lis en ce moment Autoportrait en vert de Marie Ndiaye, elle définit la jeunesse ainsi : "la croyance en l'infinité de possibilités, l'illusion qu'on peut toujours et toujours se refaire, que toute trace dure un peu puis finit par disparaître"


mercredi 23 novembre 2011

[Happy, sometimes] Lawrence aka Sten

J'ai rêvé de M. G. cette nuit, rêve où l'on se faisait la promesse simple et joyeuse de passer la journée ensemble. Je me suis rappelée le réveil de cette première nuit à deux, où j'étais sûre que ce n'était pas réel tellement je l'avais espéré et où je me suis réveillée à côté de lui, dans cette chambre immaculée éclairée à la lumière douce de l'hiver berlinois, ce jour où il a tout envahi, pour un certain temps.
Aujourd'hui était un matin heureux.

jeudi 3 novembre 2011

[Michicant] Bon Iver

J'ai vu Before sunrise, sur les conseils d'un ami, ça m'a rappelé qu'il fallait écrire, pour que la mémoire fonctionne, pour collecter les petits moments comme les grands. Ce film m'a aussi rappelé à moi-même, à la vie comme j'essaie de l'entendre, sans concession, pleine d'absolus incompressibles dans des relations canapés et thés, incarnable dans des conversations autour d'un thé, car le thé n'est que le prétexte au dialogue, la marche n'est qu'un moyen d'aller vers l'autre, la voix n'est qu'un chemin qu'on essaie d'emprunter à deux, comme Heidegger explique que l'homme s'incarne dans le langage, que le corps de l'être, ce par quoi il apparaît, ce sont les mots.
Alors je veux être amoureuse comme ça ou alors jamais, je veux de l'impérieux, je veux du magique et non du quotidien et non de la magie dans le quotidien, je veux quelque chose qui change le quotidien en une succession de jours heureux, en succession de jours qui font sens, sauter du train comme dirait B. Je ne veux plus avoir peur d'être moi, être effrayée de ne rien penser, de ne pas oser dire ce que je pense ou ce que je ne pense pas, avoir peur de pleurer, de trop sourire, avoir peur de ne pas me tenir de la bonne façon, d'avoir des tics bizarres en public, d'avoir un rire dans le vide d'un silence, ou alors je veux continuer d'avoir peur de tout ça toute ma vie, je voudrais que s'il y ai doute, il soit fondamental, il soit définitif, qu'il ne puisse être guéri que par un amour assoiffé, que Thésée me sauve ou que Dionysos m'enthousiasme, je veux Prométhée et l'art du sacrifice, de l'héroïque dans ma tasse de café, qu'elle soit tiède voir même refroidie, parce que trop occupée à savourer le souffle je ne percevrais plus le goût. Que la vie soit une synesthésie, qu'elle se démultiplie sans cesse en un geste tendre, de cette main qui prend un stylo de la seule manière dont elle sait le faire, de cette force à aimer que seules les mères possèdent,
alors je n'aurais sûrement rien, mais je ne serais pas déçue car l'idéal quelque fois se suffit à lui-même pour permettre à la vie de continuer.




vendredi 30 septembre 2011

[After Laughter] Wendy Rene

J'écoute chanson, je ne l'avais pas écouté depuis fin juillet. Comme Berlin me manque, comme je n'arrive pas à le dire, il n'y a aucune photo de nous ensemble, assis sur les quais au soleil, à attendre le S bahn, au sortir de l'about blank, ma dernière soirée en club à Berlin, ce dernier moment où on voulait encore croire que rien n'allait changer. C'est fou comme c'est toujours et surtout le quotidien qui manque, je voudrais pouvoir envoyer des textos pour aller rejoindre J. et J. à Görli, pousser sur facebook A., G. et T. à me distraire au Honigstein, aller manger avec M., boire des bières sur le Landwehr kanal. Je veux tout et tout de retour et tout intact, je veux revoir J. débarquer dans le bar en hurlant "mercredi à la gare, je m'appelle le bordel", et Paris c'est Paris et Paris est belle, intelligente et grâcieuse, mais Berlin c'est chez moi, je suis le chat se frottant à ses cuisses, paniqué et curieux hors de la maison, mais toujours pressé d'y rentrer. Mais le foyer est une fois de plus détruit, Hestia a encore déserté, partie vers d'autres missions.
Alors j'écoute After Laughter qui me ramène à ce dernier lendemain, et ça voulait tout dire à l'époque, ça a encore plus de sens maintenant, parce qu'ils me manquent et qu'on ne s'envoie plus de textos pour aller boire un café ou faire cuire des pâtes ensemble.

lundi 6 juin 2011

[ Luka] Suzanne Vega

Samedi soir a été une nuit assez inoubliable dans le bar où je travaille, même si nous n'étions que trois la plupart du temps et que les deux autres étaient deux inconnus. Ce qu'il est utile de savoir c'est que d'une part cette nuit a duré jusqu'à 14 h de l'après-midi, d'autres part que Marcus, qui procure du rêve à la pelle, a dit "I know I'm skinny and that you could easily kick me, but let me tell you that if there were battle of souls, my soul would kick the fuck ass of your soul" et aussi qu'il a mis "luka" avant de lever les bras en criant "this song means a lot to me". Marcus mesure 1m90, a 31 ans, est professeur d'anglais et parle un allemand parfait, il a montré son cul en grimpant sur l'une des tables du bar en plein milieu de "I like to move it, move it". Grande nuit.

[Australia] The shins




On oublie trop souvent les groupes dont on est amoureux. En ce pré-été berlinois je réecoute mes premiers amours musicaux, les vrais,ceux qui rendent follement heureux et follement triste et follement mélancolique, les shins, les beatles et Bob dylan. Ces chansons sur lesquelles j'ai pleuré calmement mon deuil, dormie - le soleil traversant ma fenêtre aux petits matins joyeux de mes nuits ivres (joyeux est-il toujours au pluriel ou toujours au singulier?), ces paroles que j'ai hurlé comme on hurle sa peine; je les aimes comme des amis.
L'art, lorsque les mots manquent. A observer M. pendant ces trois mois passés ensemble, à voir O. aujourd'hui au photoshoot, je me rend compte à quel point le processus créatif est lié à la recherche d'un dépassement du verbe, lorsque celui-ci ne suffit plus à exprimer, à pousser hors de soi; en rester bouche bée.
Les nuages de M. qui l'explique mieux qu'aucune comparaison avec St Loup des jeunes filles en fleur, la faculté d'O. à créer

ce monde à part sans rien dire ou à peine. Je me demande parfois de quoi a l'air l'univers lorsqu'ils ferment les yeux, ce monde vaste et beau à l'infini qui défit le réalisme pour atteindre la réalité, peut-être, sûrement, est-il complexe et sombre, mais au il leur ressemble, plus que mon univers ne sera jamais à moi semblable.
Cette constatation est d'autant plus vraie s'agissant de la littérature, chaque livre commence par l'impossibilité de dire dans les carcans de l'ordinaire communication, volonté de dire plus que les mots. Lorsqu'on veut sortir du littéral qui manque à décrire le monde tel qu'on le vit, quand l'unicité du mot ne suffit plus à définir la diversité du ressenti.
La littérature est cette tentative infinie de définition d'un terme qui n'existe pas, car le mot en même temps qu'il explique, résume.
L' allemand est une langue précise, précision qui, hélas, comme le veut le cliché, manque quelque peu de lyrisme, c'est une langue du littéral avec de grandes capacités littéraires parce que le combat pour sortir de ces mots qui veulent tout dire et qui ne disent rien en est d'autant plus vif,. Nietsche, Heine, Rilke, ces amoureux du sentiment.

Berlin vit également cette tension. Je ne sais plus qui a lu dans quelque article débile sur Berlin que le Berghain était une synecdoque de la ville. Il faudrait plus qu'un club, qui surement ne pourrait exister nulle part ailleurs, pour expliquer cette ville, dont les particularismes s'étendent au delà même du Ringbahn, ville qui comme l'art lutte contre le résumé, contre toute description.
Berlin est ce mot qui manque dans beaucoup de langues, ville qui exprime sans dire, exhubérance discrète de la joie.
Elle laisse la place à l'indéfini plus encore qu'à l'indéfinissable, il y a là plus volonté qu'incapacité.
Il y a cette exposition au C/O -Berlin unter Notdach- Berlin sous un toit de fortune, mais Not signifie également urgence, il y a eu dans cette ville qui est un pays à elle toute seule, l'urgence de vivre sans projet. Un demi siècle durant, Berlin a composé avec l'imprévu, de la chute du III Reich à la chute du mur, détruite et coupée en deux, laissée à l'Ouest en jachère tant que... Un tant que qui n'avait pas de fin. F., ami enthousiaste et enthousiasmé, réalisateur, a fui l'est de l'Allemagne près de Leipzig pour l'Ouest quand il avait 5 ans, ses parents ont pris un risque immense, 5 ans plus tard le mur tombe, il m'a dit que tout le monde pensait alors que la RDA durerait pour toujours.
Du fait de cet état d'urgence, elle est une ville en flottement qui a grandi à un rythme différent des autres capitales européennes. Du fait même qu'elle n'était pas, jusqu'en 1991, une capitale. Berlin est en flottement comme les particules de pollens en ce moment dans l'air épais, que Muxu appelle de la neige de printemps.





Tout ça change très vite, les loyers augmentent, les gens se plaignent du bruit et de la saleté, les grands espaces vides en pleins milieux de la ville, vestige de la guerre, se remplissent, on nettoie les bords de la Spree de tous les clubs et bars pour installer des bureaux, les hipsters chassent peu à peu ces vieux berlinois aux teints rouges et aux regards tombants, les familles turques et le chaos en général. Berlin met peu à peu de l'ordre dans son bordel, poussant bientôt la poussière hors des limites du ring, cette poussière hideuse mais dont j'aime à croire qu'elle brille quelque fois sous le ciel de Morphée, dans ces constellations qu'on ne nomme pas encore.

lundi 11 avril 2011

[think Africa] Seun Kuti


Côte d'Ivoire. Ce pays auquel j'appartiens,même si ce n'est que par les sens,même s'il n'y a pas réellement de jus soli, je me sens ivoirienne, ou au moins abidjanaise. Cet hôtel du golf qui abrite mes souvenirs de piscine, mes délices de sandwich au poulet, cet hôtel du golf qui est le foyer de mes premiers souvenirs à Abidjan, de quelques uns de mes souvenirs d'avant même l'enfance. Cocody, les deux plateaux, qui plus encore que mes réminiscences et mes amusements d'innocence, sont les endroits où habitent une partie de ma famille et des amis, de ces gens qui ont les visages qui sont les plus vieux dans mon esprit. Ce pays avec qui je vis, avec lequel je souffre et je souris, avec lequel je saute de joie à l'arrestation de Gbagbo, avec lequel je reste inquiète en attendant la suite. Ce pays dont j'ai vécu l'union, les maquis et les uniformes d'école, vichy bleu et shorts kakis, sortie de cour et mur d'escalade, grand bassam, poulet et poisson braisé. Ce pays dont les mots me sont communs et chéris, ces lieux qui m'emmènent dans un monde réel, quand pour les gens autour ils restent des nominations floues et compliquées à prononcer. La lagune que je longeai en voiture pour rentrer à la maison tous les jours, lagunes de mes tout jeune couchers de soleil, les deux plateaux de mes sorties du samedi après-midi, ce Cocody où j'habitai, cette ville que j'ai vécu, ce pays dont je me sens partie. Quand refonctionnera la PISAM? Qu'en est-il du Super Hyatt?
Cette identité multiple qu'on essaie de construire en Europe et qui est inhérente à l'appartenance africaine, faite de diaspora, de déménagements nombreux, de langues abondantes, d'accents et d'expressions imaginés et imagés, d'accents dessinés, d'expressions plus illustratives que beaucoup de caricature. Quand le verbe est un dessin. Aujourd'hui 11 avril où on comprend qu'en Afrique l'histoire se passe et s'accélère, comme en Tunisie, comme en Egypte, où la vie se déroulera à un rythme éreinté, suivant celui des battements de coeur, coeur bouleversé et plein d'allégresse, coeur inquiet et dans l'expectative.

«Non, vous n’êtes pas morts gratuits. Vous êtes les témoins de l’Afrique immortelle, vous êtes les témoins du monde nouveau qui sera demain.» Léopold Sedar Senghor.

jeudi 10 mars 2011

[Ich und Du] Aka Aka ft Umami


Le grand jeu des jeunes de 10 à 16 ans à Berlin en ce moment est de s'accrocher au U-bahn lorsqu'il démarre et d'y rester le plus longtemps possible, s'en suit une course effrénée, une fois l'appareil relâché, des hermès freinant leurs sandales ailées. Je trouve ça drôle et dangereux, de l'extérieur sortant à Leinestrasse, depuis la fenêtre dans le train partant de jannowitzbrücke, vert d'eau et jaune coquille en fond, ces vieux carreaux des stations berlinoises.
J'aime lorsque la Fernsehturm se laisse voir depuis ce bout de Hermanstrasse où j'habite parce que ça signifie qu'il fait beau, de ce ciel bleu qui n'existe qu'à Berlin, sans égratignure de nuages, sans la moindre imperfection, qui dessine chaque immeuble en construction, chaque rue aux pavés cassés, chaque tags aux grandeurs stalinienne, " es gibt ein blau Himmel ohne Wolken draus/ Il y a un ciel bleu sans nuage dehors", ce ciel bleu qu'on voit disparaître vers 6 heures à Tempelhof, lorsqu'il se mêle aux cerfs-volants, pleins de rose, d'orange et d'or. Lorsque la fumée blanche se dessine au loin. Berlin aux couchers de soleil magnifiques, allez donc voir sur Waschauerbrücke.
Berlin qui ressemble tant quand il fait beau à un tableau de Liebermann. Berlin et son ciel bleu qu'on ne voit en weekend que dans la matinée, lorsque nos yeux sont saouls et hallucinés et que la pupille n'en peut plus de s'écarter pour laisser entrer le soleil, à la sortie de ces boîtes qui ne ferment jamais, Golden gate, Wilde Renate, Berghain etc.

Berlin lorsque le printemps arrive enfin. Lorsqu'il n'y a plus de neige, plus de nuit à 16h, lorsqu'il fait froid mais qu'on ouvre en grand les fenêtres, lorsqu'on peut oublier ces semelles en peau de moutons.
Ce bourgeon de printemps à Berlin ressemble beaucoup, dans mon imaginaire, aux robes de Sonia Rykiel dans le défilé printemps été de cette année, avec GoldenBrown des Stranglers en fond musical, ces robes qui volent au vent irréel, des plumes et des plumes en manteau, la femme se transforme en oiseau.
Il faudrait que Berlin puisse rester à jamais comme ça, ce paradis perdu au milieu de l'Allemagne, au milieu de l'Europe, où les règles ont la plupart du temps un sens particulier, dans cet envers de la réalité qui lui rend toutes ces nuances, dans ce monde où respirer n'est plus une pression mais un pas vers l'autre.
Berlin où les petits moments ont de grandes proportions, où j'ai appris le sens des signes, aussi ténus soient-ils, lorsqu'ils indiquent la direction du coeur.
Berlin a l'esthétique du délabré, de la chose qui vieillit mal, qui se fend et se fissure, de ses vieux murs à aimer pour leurs laideurs, de cet esprit déjà un peu contrefait de fêtes illégales.
Berlin me fait beaucoup penser à ces mots d'Hölderlin "mais toi tu es né pour un jour limpide", parce que si Berlin vit la plupart du temps dans le froid, il n'y a pas de ville plus faite pour le soleil.



lundi 14 février 2011

No man is an island, entire of itself
 every man is a piece of the continent, a part of the main
 if a clod be washed away by the sea,  Europe is the less,
 as well as if a promontory were,  as well as if a manor of thy friends or of thine own were 
any man's death diminishes me, because I am involved in mankind 
and therefore never send to know for whom the bell tolls it tolls for thee.    -- John Donne