dimanche 23 décembre 2012

spanish boots of spanish leather- Bob Dylan

Je n'ai rien dit sur le fait d'avoir vu Bob Dylan en concert cet été. J'ai vu Bob Dylan en concert cet été. Cet été je lisais aussi Chroniques de Bob Dylan, cette année je suis allée à l'exposition sur Bob Dylan à la Cité de la musique. Et j'ai compris quand j'ai vu Bob Dylan en concert que ce n'était jamais pour Bob Dylan, ça n'a jamais été lui, en tant que personne, ou plutôt ça a toujours été Bob Dylan et jamais Robert Zimmerman. Depuis ce jour, à 13 ans où j'ai écouté Hard rain sur le tourne disque de mon père, quand je pensais que Bob Dylan était en fait une figure du rock des 70's,  non avertie de toutes les accusations de trahisons après Highway 61 revisited, alors que je croyais que Bob Dylan était dans la même veine que Pink Floyd, avant de pouvoir être l'une de ces millions de personnes qui sont au courant que Hibbing est une ville qui existe au Minnesota alors même qu'elles sont incapables de placer le Minnesota sur une carte. Parce que Bob Dylan, avant Jack Kerouac, et c'est une chronologie que je trouve intéressante, à changer ma vie. J'ai lu "Sur la route" après avoir vu No Direction Home de Martin Scorcese car il disait "j'ai lu sur la route vers 1959, ça a changé ma vie comme ça a changé la vie de tout le monde". Bob Dylan est venu comblé tous les blancs de tous les moments de ma vie. Il y a une chanson de Bob Dylan pour resoudre chacun des instants blessés de mon histoire, tout a l'air plus réel lorsqu'un de ses titres est joué.  Dès que j'entend l'une de ses chansons, il m'est permis de ressentir enfin car les mots, les sons, l'intonation pour ce sentiment existent et mon esprit peut tranquillement s'y appuyer comme on s'aide d'une canne, pour avancer. Et ça n'a rien à voir avec Robert Zimmerman,  j'ai compris à ce concert que ça n'avait jamais été à propos de lui, j'ai pleuré parce que c'était ses mots dont j'ai été amoureuse toute ma courte vie car l'amour c'est forcemment ça. Je n'ai jamais pu me départir du fait qu'il sait mieux que quiconque que l'art c'est tout sauf la vie, qu'il y a ce fossé immense entre les deux qui donne l'illusion presque optique de la continuité, qu'il y a une inadéquation quasiment insupportable entre ce qu'est le quotidien, et toutes les vies sont quotidiennes, et le chaos intérieur de chacun, cette continuelle instabilité du sentiment, la versatilité d'être, que l'art est cet inlassable déchirement entre la répétition des jours et le temps qui passe, l'état schizophrénique d'être à la fois toujours et jamais la même personne et ceci constamment, no direction home, "Now I'll cry tonight like I cried the night before And I'm released on the heights in but I'll dream about the door It's alone, she's forsaken by her fate, worse to tell "It don't have approximation", she smiled, "Fare thee well" le monde est mon huître, mon cul. Mais mon dieu Bob dylan stabilise le tout, il calme tout, il simplifie tout, les larmes sont autorisées, le bonheur est atteignable, la vie ne coincide pas avec l'art et les deux sont magnifiques, qui se préoccupe de la définition? l'important ce sont les mots qui ne sont pas qu'une autre façon de se dissimuler. Il laisse croire  qu'il est tolérable de vivre sans pouvoir jamais dire parfaitement le moindre mouvement intérieur de l'âme et que cette incapacité qui pourtant fait si mal n'est pas si grave. Et le concert c'était ça multiplié par mille, il en avait toujours rien à foutre et j'avais enfin 24 ans et il touchait encore et toujours presque au superbe, il refusait d'être stable et je n'étais certainement pas là pour rencontrer Bob Dylan mais pour écouter Bob Dylan. Bob Dylan est pour moi une constante épiphanie et lors de ce concert je me suis demandée si épiphanie et orgasme n'étaient pas deux dérivées d'une même formule. Et j'ai compris ce que Lacan voulait dire par "il n'y a pas de rapport sexuel" et dans un concert, malgré tous les applaudissements en rythme, tous les chants a-cappella, toute la communion imaginaire, il n'y aura pas de rapport sexuel, et la seule réconciliation se fait par la musique.

jeudi 25 octobre 2012

[be all and end all] Flip Grater



Le don d’ubiquité attaché à l’être, non pas être en plusieurs endroits à la fois mais pouvoir être n’importe qui, se défaire de l’obstacle du lieu pour se concentrer sur le problème de l’espace, comment ne faire qu’un ? Comment vivre dans l’ensemble, dans l’idée du monde, dans le monde en tant que tout, qu’entité globale et non sectaire, comment vivre l’universel d’un point du vue politique ? Arriver à rassembler les gens autour de l’autre, autour de soi. Se placer au-delà du jugement, constamment.
Se rendre compte qu’on aime. Une chanson, il s’agit de la musique et des voix qui se superposent, il s’agit d’un dialogue et des voix qui se superposent, il s’agit d’un livre et du temps qui se superpose, on peut parler alors de bonheur, et on emmerde le reste.

dimanche 26 août 2012

[divine idylle] Vanessa Paradis

Au restaurant ce soir, j'ai pleuré partout où je pouvais être seule, de ces larmes que j'étais incapable d'arrêter. A grosses larmes, sanglots étouffés. Mon corps a vacillé, plus rien n'avait de prise, le monde autour, voix après voix, une blague après l'autre m'était insupportable dans son idée même, j'ai été secoué à nouveau avec une vigueur moindre mais une angoisse et une douleur redoublées du même mal qui m'avait frappé quand j'avais appris sa mort au téléphone. divine idylle est passé à la radio, alors que je repensais à son dernier sms, alors que j'avais, encore, encore, rêvé d'elle la nuit dernière, et c'est arrivé tellement vite, et c'était tellement fort, mon souffle m'échappait, mes jambes, mon estomac tous voulaient me fuir tant "j'habitais une douleur", je n'ai rien pu faire, tout s'éparpillait, j'étais spectatrice de mon propre malheur,  face à cette peine incompressible qui a surgi et que je n'avais pas vu venir, j'ai revu son rire dans la voiture que conduisait JD en direction de la plage, le nom ne revenait pas, qui était donc cet homme qu'elle avait finalement choisi d'aimer, par qui elle était heureuse, ce dernier sms. Je ne sais pas pourquoi j'écris, j'ai besoin de dire que j'ai mal, que ça ne va pas mieux, qu'en fait ça ne va pas mieux, que ça m'étrangle, que c'est sordide tellement j'ai eu mal sans avoir aucun contrôle, parce que ça m'a surprise, que ça n'a jamais été à nouveau aussi douloureux depuis longtemps, que je pensais enfin qu'on pouvait tourner la page d'une amie décédée, que même c'était indécent de ne pas savoir le faire tant ça peut paraître insignifiant au regard de la douleur d'une mère, mais ma volonté n'y peut rien, je n'ai pas commandé ce soir, et j'ai eu peur, et j'ai peur parce que je ne comprend pas, je n'y comprend rien.

dimanche 19 août 2012

[Pride is weaker than love] Michael Mayer

Le "je" en littérature est un "je" dangereux. J'ai lu cet article dans Le Monde des livres sur la mort du roman, les écrivains n'inventent plus, ils écrivent sur eux, sur leur famille, ils enquêtent sur quelqu'un de connu, avec de beaux mots et une ponctuation intelligente. J'ai remarqué après que je ne lisais moi même pas de romans en ce moment, je lis "Chroniques" de Bob Dylan et "Equinoxiales" de Gilles Lapouges. J'ai emmené pourtant des romans mais je ne les lis pas. Le "je" a tout mangé. Il a commencé en donnant chaque fois un peu plus de place au narrateur, qu'on ne voit pas chez Rabelais, qu'on entend à peine chez Balzac, qui se fait remarquer chez Gide et qui n'en finit plus de parler chez Proust. Le narrateur est le personnage, on tire les rideaux de la fiction, circuler il n'y a plus de Kharamazov à voir. C'est le "je" qui parle, le "je" qui écrit et le "je" qui lit. Quand on écrit "je" on pense à soi, à ce "je" de papier aussi, celui qu'on veut voir exister et enfin à ce "je" lecteur qui lira "je" en faisant l'expérience de lire ce "je" sans penser directement "je". Le lecteur remonte la rivière en sens inverse. On s'y perd.  le "je" en littérature est un "je" dangereux. Il laisse croire qu'on se livre, il laisse croire qu'on participe mais le Narrateur  reste sans prénom et Bob Dylan quand il écrit omet plus qu'il ne livre. Pourquoi donc cette obsession de l'existant? Pourquoi nos écrivains ne rêvent-ils plus?  On n'imagine plus le monde alors? On le déchiffre, on le comprend de manière pragmatique et donc bête? Je me demande où se sont cachés tous les personnages à inventer, dans quelle pièce sont-ils tous partis et pourquoi nous ont-ils laissés seuls avec la lourdeur du réel, lourd comme le mois d'août caniculaire où fermer et ouvrir les fenêtres c'est encore ne rien faire.
Pourquoi délaisser ce qui pourrait être pour n'écrire que sur ce qui est? Le roman c'est une déclinaison du futur, puisque c'est ce qui n'existe pas, au présent comme au passé, la biographie, l'enquête c'est toujours le retour, c'est toujours l'anti-projet. Comme si on pouvait croire à cette connerie qu'on essaie pourtant de nous  inculquer depuis bien trop longtemps, que le monde est à comprendre et pas à inventer.
Mais si le roman abandonne alors c'est l'effritement premier, le cinéma suivra, lui qui doit tant à la littérature et bientôt la musique sera un refuge trop exigue pour loger tous nos petits rêves qui n'auront déjà plus les mots comme on efface d'un portrait les yeux, tout ce qui fait qu'avoir peur c'est aussi espérer, j'ai l'impression qu'avoir peur c'est de plus en plus uniquement craindre, et je ne sais pas lequel est arrivé en premier, est-ce parce qu'on a peur que le fictionnel s'amenuise ou est-ce l'inverse? Et j'ai  le préssentiment qu'il s'agit de l'inverse et qu'il faut imaginer d'abord comme dirait  presque Alain.
 "Tout enfant recommence le monde" écrit Thoreau, alors c'est peut-être seulement que les écrivains ont grandi et qu'ils ont oublié comment prendre la seconde à droite puis tout droit jusqu'au matin.

jeudi 31 mai 2012

-words in the fire- Patrick Watson

N'être bonne à rien, capable de rien et le savoir. J'ai beau aimer je n'atteins pas la compréhension nécessaire, tous ces livres que je lis je n'en perçois que le reflet trouble, leurs vérités me restent inaccessibles, leurs sens brillent mais le contour reste flou, Icare trop loin du soleil, je ne comprend rien, je suis juste une groupie, avec la limite de toute groupie, la fascination devant l'inatteignable. Et paraître intelligente, ce n'est pas être intelligente, c'est juste savoir singer, pour autant je ne trompe personne, même pas moi-même.

lundi 14 mai 2012

[love minus zero/no limit] Bob Dylan

Le monde est triste et chacun voudrait que sa tristesse ait un sens.

mardi 21 février 2012

[no direction home] Bob Dylan

Un article dans Philosophie magazine sur Souleymane Bachir Diagne. J'aime le prénom Souleymane, j'entend ma mère dire "C'est tonton Souley au téléphone". Thierno aussi, ce prénom renvoi directement à ces conversations d'un temps passé que j'écoutai alors que ma tête posée sur son genou, ses mains appliquées à me tresser les cheveux, ma mère parlait à des amies dans le salon, à Abidjan, à Ziguinchor. Ce monde qui persiste en manque originel et constructeur, j'en aperçois des fragments parfois. Dans le métro cet homme en grand boubou bleu ciel, basin magique, homme fier, cette apparition dans ce transport de la déprime, du trop souvent, du dégoulinant de solitude. Il est passé sur le quais alors que mon wagon partait comme un signe que les choses pouvaient advenir. J'ai eu cette boule au ventre alors, celle accompagnée d'un coeur qui bat fort entre le manque et l'attente, l'excitation et le bonheur boiteux du plaisir de la mémoire, celui dont il est impossible d'espérer qu'il dure.
Cet homme est tous les hommes de mon enfance, qui venaient à l'improviste prendre le thé, ce thé sur le fourneau, les trois thés à la menthe de l'après-midi sur la terrasse du penthouse, hommes importants mais souriants dont les boubous relèvent plus du faste que n'importe quel costume dans mon esprit. Ces clichés qu'on n'ose pas dire. Et pourtant j'en rêve parfois. Revenir dans un monde où je serais noire pour de bon et non la noire, hors de ce monde où trop souvent, même si peu fréquemment, j'ai le sentiment de devoir m'imposer ou de vouloir disparaître pour pouvoir exister.
Dans ce monde, sûrement connu par d'autres, où j'ai le sentiment de devoir être plus pour me sentir enfin assez. Que puis-je contre le fait qu'il n'y ai que certaines odeurs pour moi qui évoquent le terme maison? Odeurs que je ne sens depuis longtemps uniquement par accident.