Un article dans Philosophie magazine sur Souleymane Bachir Diagne. J'aime le prénom Souleymane, j'entend ma mère dire "C'est tonton Souley au téléphone". Thierno aussi, ce prénom renvoi directement à ces conversations d'un temps passé que j'écoutai alors que ma tête posée sur son genou, ses mains appliquées à me tresser les cheveux, ma mère parlait à des amies dans le salon, à Abidjan, à Ziguinchor. Ce monde qui persiste en manque originel et constructeur, j'en aperçois des fragments parfois. Dans le métro cet homme en grand boubou bleu ciel, basin magique, homme fier, cette apparition dans ce transport de la déprime, du trop souvent, du dégoulinant de solitude. Il est passé sur le quais alors que mon wagon partait comme un signe que les choses pouvaient advenir. J'ai eu cette boule au ventre alors, celle accompagnée d'un coeur qui bat fort entre le manque et l'attente, l'excitation et le bonheur boiteux du plaisir de la mémoire, celui dont il est impossible d'espérer qu'il dure.
Cet homme est tous les hommes de mon enfance, qui venaient à l'improviste prendre le thé, ce thé sur le fourneau, les trois thés à la menthe de l'après-midi sur la terrasse du penthouse, hommes importants mais souriants dont les boubous relèvent plus du faste que n'importe quel costume dans mon esprit. Ces clichés qu'on n'ose pas dire. Et pourtant j'en rêve parfois. Revenir dans un monde où je serais noire pour de bon et non la noire, hors de ce monde où trop souvent, même si peu fréquemment, j'ai le sentiment de devoir m'imposer ou de vouloir disparaître pour pouvoir exister.
Dans ce monde, sûrement connu par d'autres, où j'ai le sentiment de devoir être plus pour me sentir enfin assez. Que puis-je contre le fait qu'il n'y ai que certaines odeurs pour moi qui évoquent le terme maison? Odeurs que je ne sens depuis longtemps uniquement par accident.
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