Je ne dors plus la nuit.
Je m'imagine déjà vieille, déjà déçue, déjà triste d'avoir trop vécue, rien ne reste, plus je suis heureuse, plus je suis triste qu'il faille mourir. Je veux du temps, j'en veux plus, parce que je vis avec les jours qui se présentent, ils ne seront jamais assez. Il n'y aura jamais suffisamment de jours de bonheur.
Don Diego 2000, elle est réapparue dans ma vie, la chanson, la fille.
"L'homme qui était doué d'une dyslexie magique, qui faisait de lui un cowboy poétique, même s'il ne le savait pas, il était comme ça".
J'ai été heureuse, parce que ça voulait dire qu'elle était encore douée d'une volonté propre, qu'elle existait hors de moi, hors de mon souvenir, qu'elle pourrait survivre à mes trous de mémoires.
Je suis triste parce que ce n'était pas tout à fait vrai. C'était moi qui l'avait fait revenir, j'étais la seule à entendre sa voix se superposer à celle de Dionysos, et si le hasard de Deezer l'y a ramené j'ai fait le travail de composition. Elle est morte. Et une fois que tous ceux qui l'ont aimé ne seront plus là pour fêter son anniversaire, une fois que le 19 avril sera un jour comme les autres alors elle n'aura jamais existé. Il y a une différence vértigineuse entre être morte et ne pas être, dans la mort il y à la constatation d'un manque, la preuve qu'il y a eu. Dire elle est morte c'est d'abord signaler qu'elle a vécue.
Et il n'y aura plus de dimanche ensoleillé dans la cour de Montaigne, à lire chacune le journal de l'autre si je ne suis plus là pour m'en rappeler, repassant devant.
Et un jour il n'y aura plus de Montaigne, il n'y aura plus de trace de cette histoire qui est déjà fragmentée dans mes souvenirs. Il n'y aura plus ma mémoire pour donner leur sens à ces espaces, et on aura beau apprendre dans les livres d'histoire leur portée générale, il ne restera rien de ce qui a fini par devenir ma peine. Et tout ce dont je souffre, pourquoi je ris, n'aura rien valu, n'aura rien signifié alors même qu'au delà de ça, rien ne m'appartiens.
Alors tout va disparaître.
J'écris un journal, j'écris un blog, pour me souvenir de ces filles qui ne sont déjà plus moi, mais aussi pour qu'on se souvienne, mais personne ne se souviendra, une fois tous ceux m'ayant connue morts, plus jamais quelqu'un ne saura mon rire, ni même qu'il a existé.
C'est un jeu de dominos sans échec, toutes les pièces tombées, reste des pierres tombales qui ne renvoient à rien.
1 commentaire:
J'avais écris un long post, mais je ne savais plus bien où je voulais en venir. Je reviendrai plus tard avec des idées un peu plus claires, tout ça pour dire que j'ai quelques objections.
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