Je n’aime pas le mot Amour. Je le trouve trop flasque, trop pendant, sans dureté ni force. J’aime les citations qui en parlent : « All you need is love ! », « sara perche ti amo», « j’étais si bien près de toi que j’ai froid près des autres », « dans un couple on veut ne faire qu’un, oui, mais lequel ? » etc. J’ai rêvé d’écrire un livre : « De l’amour, qu’il n’existe pas. ». Parodie de Descartes que je trouve amusante. Je pleure comme tout le monde en écoutant certaines chansons, à la fin du film lorsque les héros meurt, ou que je n’ai plus de popcorn.
L’amour pour moi est ce réseau d’écrits, de sons, d’images et autres ponts Mirabeau qui forment l’apparition faible d’une toile qui ressemble plus à un questionnaire de Proust qu’à une pensée réelle. L’amour n’a pas de visage, il n’y a pas de chair que je touche en y pensant, pas de souffle qui me ramène en son pays. Aucun rêve que je vivrais éveillée.
Je ne crois pas en l’amour à deux, il y aura toujours cette troisième personne, l’être aimant, celui qu’on préfère à l’homme qui est en face de nous, parce qu’il nous fait nous percevoir à travers ses yeux. Jamais l’autre en tant que tel ne sera atteint, il sera toujours le prétexte à soi, toujours objet. Il sera toujours le regard qui caresse, la personne qui désire, le son rieur qui rassure, Je l’aime parce qu’il m’aime et jamais au-delà de cet amour.
« Je veux tout, tout de suite, ou sinon mourir ! » entend-t-on Antigone clamer. Je ne ressens jamais cette urgence dans les relations qui durent, aucune fièvre dans ces affections.
Pourtant ce mythe doit bien prendre corps quelque part, chez ces autres personnes qui ne se montrent pas et qui se chuchotent « Je t’aime » derrière une fenêtre embuée, dans ce chez eux qu’ils ont réussi à construire, malgré l’autre et pour l’autre définitivement, sans concession au miroir.
Dans ces mots qu’eux seuls doivent connaître, ils disent surement « Je » en parlant à deux, ne plus dire Amour, avoir trouvé sa langue, le signe et le monde, cachés dans une intimité qui n’a nul besoin d’être mise en scène pour exister.
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