Guettez le sauvage en moi,
attendre avec appréhension mais certitude, dans la prise de parole,
les fautes syntaxiques, les mésusages de vocabulaire,
qui révéleraient, sous le masque de l'aisance langagière blanche,
la nature noire, l'origine,
cherchez le noir en moi,
la voix trop forte, noire, les mots s'entrechoquant, la rapidité du récit, noir,
la colère, la rage,
je prends tout,
Je suis un singe fier,
j'exhibe avec ferveur mes danses et mes formes vulgaires, désirable-indésirable femme noire,
mes musiques primaires mais jamais minimales,
j'épouse les langues françaises, langues de l'aliénation désaliénées,
je partage le noir universel, qui n'est qu'une figure particulière du pauvre,
à qui est refusé, toujours, la possibilité d'une vie propre, autonome de la figure tutélaire,
Regarde comme il parle bien grâce à nous, bois le thé, ris poliment, beau singe,
Regarde comme, dans le travail que nous lui offrons, il est heureux,
la civilisation s'arrête à ce que nous pouvons offrir, disent-ils avec sérénité,
Nous jugeons grammaticalement les fautes de goût et de culture,
ignorants des mondes de la langue, des odeurs, des rires,
rejetant avec dédain la lutte pour le beau, guerre esthétique qu'est toute émancipation,
ils ne voient pas, ou voient trop, que les pauvres sont les vrais univers mystérieux,
les plissages de la culture, les anacoluthes de la vie.
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