mercredi 7 septembre 2016

[The Breeze / My Baby Cries] Kath Bloom & Loren Mazzacane Connors

The 15th of September, 2015 was the day he was happy,
he came out of the light as Venus out of her shell,
surrounded by his electronic seraphins,
and he humed along but it could have been
                  -and was perhaps-
                  a muffled orgasm.
 And this was the day he was happy.
But that day was happening in an airport, while waiting for a check-in,
lights coming from the great revealing windows,
And it was two days ago, and he had no headphones, only the surprise of the calm joyfulness that intimacy brings, floating around him.

[bye bye Bayou] Alan Vega



Je n’arrive pas à trouver de stylos qui marchent, mon écriture de toute façon est catastrophique. Je suis à la Nouvelle-Orléans. Je suis remplie de sons, les criquets et les oiseaux au crépuscule, les voitures qui passent fenêtres ouvertes, les vélos et leur soundsystems, les maisons lorsqu’on marche dans la rue, les bars et leurs juke-box (1$/4 chansons), les restaurants, les cafés, les supermarchés où les clients chantent à haute voix les chansons qui y passent : le Circle foodstore de Treme. Les beignets, la friture, l’eau lourde dans l’air chaud. La pluie dans les streetcars en allant Uptown, passant sous les chênes aux branches torsadées qui se penchent, les filles de l’air accrochées à leurs cous. La Nouvelle-Orléans où il fait 40 degrés dès 7h30 du matin.  Tous ces clichés, le galant south des maisons immenses aux porches avec des chaises à bascules et des bancs suspendus, les escaliers qui mènent dans d’autres pièces où se perdre entre le soleil et l’ombre, se rapprocher des étoiles et de l’odeur du cyprès, embrasser la lune que l’on voit si ronde en ce moment. La Nouvelle Orléans c’est aussi « how  you doin’ » dans l’avenue Saint Claude, les discussions impromptues parce qu’on attend, des noirs et des noires, qui vivent à coup de snaps, de jeux de billards, ces hommes musclés qui évoquent tant de désirs. J’aime la façon dont leurs voix trainent et mâchent les mots en même temps, toutes ces expressions faciales  comme des ponctuations, la multitude de rires partout. La Nouvelle Orléans, ville à 60% noire, est rongée par le passé esclavagiste. Les bungalows du 9th ward et et la statue immense de Lee.  Des statues représentant uniquement des personnes blanches; enfants, adultes, tous cheveux lisses et toutes petites narines, la seule statue d'un noir est celle de L. Armstrong. Mais il y a  la vie créole ; un adolescent blanc  portant une petite fille noire dans les bras comme pour ramener sa petite sœur à la maison, il traine des pieds et souffle, il répond en marmonnant quand elle tente ses premiers mots. Dans le bus, où les trois quarts des passagers et passagères sont noir.e.s, des accolades « wher’ you been girl ?» entre deux amies de longues dates, l’une noire, l’autre blanche, qui entament une conversation qui finit par contaminer lentement les sièges alentours. 
Les bars sont toujours plein de blancs ou plein de noirs, mais pas mixtes, là le marquage social et le marquage racial est prééminent. Les jeunes hommes noirs du quartier que je rencontre sont tous allés en prison, tous pour des délits ridicules. Ils sont tous amoureux de leurs grands-mères. Tout le monde est plein de tatouages, les blancs comme les noirs. Il y a plus de blancs que de noirs qui mendient aux croisements des routes, on reconnait d’ailleurs les blancs pauvres à  leurs peaux fatiguées par le soleil, ils sont ridés avant l’âge et amaigris. Les autres passent de voitures climatisés en balcons ventilés, les ventilateurs tournent partout, sur les terrasses, dans les chambres, dans les restaurants, les rideaux bougent toujours un peu, tout doucement, big and easy. Les jeunes hommes noirs boivent du Big Short. Les petits garçons et les petites filles sont les êtres les plus beaux, les plus attachants, les plus drôles que j’ai jamais vu et je n’arrive pas à savoir si c’est uniquement une question d’hormones où si la façon dont ils sourient comme des enfants  et s’expriment comme des adultes, ils te regardent dans les yeux et te demandent tout avec le plus grand sérieux, fait fondre le cœur quoi qu’il arrive.

Il y a les jeunes arrivé.e.s, la trentaine, plein d’espoirs et de bonne volonté, blanc pour la plupart fuyant New York comme certains nouveaux berlinois fuient Paris, venant des campagnes américaines, ou de plus petites villes, venant chercher le mythe de la Nouvelle-Orléans pour combler l’ennui de leurs vies de jeunes diplômé.e.s sans perspectives. Sans perspectives c'est-à-dire sans envie, comme je n’ai pas envie de « rentrer dans le monde du travail ».  Ils et elles sont à la Nouvelle Orléans et ne veulent pas tout à fait de la Nouvelle Orléans, ils la voient comme un folklore, comme un conte, non comme une jeune fille ou un jeune homme à embrasser, comme un noyé ayant nagé sans fin avant de boire la tasse à qui il faudrait faire du bouche à bouche. Ils sont là mais ils veulent faire de cette ville un autre New York. « à part le jazz ici, il n’y a pas grand-chose » oui, mais il y a le jazz. Il a les jeunes qui jouent du trombone et qui rappent, il y a cette chanson que tout le monde connaît, il y a ces jeunes avec leurs claquettes à une bande et leur chaussettes remontées qui gigotent sur du Kermit, il y a les vieilles femmes qui sont des baby dolls, il y a tout le monde avec des casquettes aux fleurs de lys. Il y a la Nouvelle Orléans.  Et pourtant ils et elles se battent pour et contre cette ville qu’ils prévoient de quitter pour beaucoup. C’est qu’il y a quelque chose d’une dépendance qui fait qu’on veut s’en aller mais qu’on ne peut le faire sans avoir le ventre noué. Rester à la Nouvelle-Orléans c’est ne rien pouvoir faire de concret, quitter la Nouvelle-Orléans, c’est quitter quelque chose. C'est peut-être le propre de toutes les villes où on ne vit pas pour travailler.
 
Je regardais mes habits dans le sèche-linge. J’ai soulevé dans le tas ma robe pyjama bleu ciel que j’avais acheté avant la Sicile. Elle a fait deux étés. C’est ce que je me suis dit. Ca m’a rendu mélancolique. Je déteste dire « au revoir » et pourtant je ne fais que ça, organiser des situations d’adieu, je ne fais que partir, tout le temps, de partout. Ce sont les moments les plus forts de ma vie. Comme des petites morts. J’organise la possibilité d’un non-revoir. C’est alors comme vivre constamment dans un coucher de soleil, les couleurs sont les plus vibrantes, les plus brûlantes, les plus pâles aussi, l’excitation et la tristesse du temps qui passe et qui se répète. C’est aussi beaucoup d’attente, parce que partir c’est  attendre le départ, le préparer, le fêter, essayer de créer des souvenirs avant qu’il ne soit trop tard. Attendre est alors aussi une chose qu’on fait pour la dernière fois, je fume une cigarette sous le porche, la pluie tombante, fixant l’auto-collant «  I love you Louisiana » pour la dernière fois. Alors ce n’est pas du quotidien.  Je vois  une vie qui est la mienne mais qui n’est déjà plus tout à fait à moi, je vois des évènements auxquels je ne pourrais pas assister, des nouvelles amitiés qui resteront en jachère, des moments de tendresse qui n’auront jamais de suite, je marche doucement hors de la ville, disparaissant progressivement du paysage futur.  Je me demande alors, rentrant bientôt à Berlin, est-ce que cette ville sera toujours la même si je ne dois pas constamment la quitter ? Qu’y a-t-il à Berlin pour moi, au-delà des au revoirs?


dimanche 20 mars 2016

[the blacker the Berry] Kendrick Lamar

Guettez le sauvage en moi,
attendre avec appréhension mais certitude, dans la prise de parole,
les fautes syntaxiques, les mésusages de vocabulaire,
qui révéleraient, sous le masque de l'aisance langagière blanche,
la nature noire, l'origine,
cherchez le noir en moi,
la voix trop forte, noire, les mots s'entrechoquant, la rapidité du récit, noir,
la colère, la rage,
je prends tout,
Je suis un singe fier,
j'exhibe avec ferveur mes danses et mes formes vulgaires, désirable-indésirable femme noire,
mes musiques primaires mais jamais minimales,
j'épouse les langues françaises, langues de l'aliénation désaliénées,
je partage le noir universel, qui n'est qu'une figure particulière du pauvre,
à qui est refusé, toujours, la possibilité d'une vie propre, autonome de la figure tutélaire,
Regarde comme il parle bien grâce à nous, bois le thé, ris poliment, beau singe,
Regarde comme, dans le travail que nous lui offrons, il est heureux,
la civilisation s'arrête à ce que nous pouvons offrir, disent-ils avec sérénité,
Nous jugeons grammaticalement les fautes de goût et de culture,
ignorants des mondes de la langue, des odeurs, des rires,
rejetant avec dédain la lutte pour le beau, guerre esthétique qu'est toute émancipation,
ils ne voient pas, ou voient trop, que les pauvres sont les vrais univers mystérieux,
les plissages de la culture,  les anacoluthes de la vie.

mercredi 10 février 2016

[Right] David Bowie

Été, saison aurifère,
Or le ciel, lorsque le soleil se couche,
 Les corps en saut vers l'eau scintillants,
Or la blondeur des bières,
Dorés les cris des oiseaux volant avec ceux des hommes,
Matins précieux aux rayons qui caressent  cette peau saisie par la sienne,
Orpailleur celui qui regarde dans les yeux à la rencontre
du lointain,
Ruisselantes lumières des nuits sans fin,
Saison riche, l'été, dans l'opulence des cœurs.

samedi 12 avril 2014

[comme un lego] Alain Bashung

Oslo.
Des corps nus partout,
Enlassés,
Délassement, prélassés,
 Ils ne s'excusent pas d'être là,
faisant face aux étendus d'eau et de nature,
Plus grands, massifs dans des positions qui ne suggèrent pas la séduction,
Que ces personnes dans la comédie de leur quotidien
s'arrêtent un instant pour les regarder!
Qu'iis lèvent les yeux et disent "nous aussi nous avons été nus"!


Vigeland habite cette ville et c'est tant mieux.


jeudi 5 décembre 2013

[Manifest] Dan Deacon

Berlin, acte X.

Combien de mondes vivent donc dans cette ville sans cohabiter? Combien de vieilles bourgeoises à Richard Wagner pour combien de hipsters à Hermannplatz? Les gens de la Schaubühne et ceux du Berghain s'entrecroisent sûrement mais ne se confondent certainement pas. Ils pourraient pourtant faire de grandes choses ensemble. J'ai dans la tête le Hamlet de Ostermeier dans le Berghain ou le Roméo et Juliette de Eidinger, ça donnerait quelque chose de génial, que quelqu'un les mette en contact.
Berlin. Aucun de ces mondes n'est vraiment au courant de l'existence de l'autre, à l'inverse de Paris où chaque univers vit dans la crainte de l'univers annexe. Personne ne déteste réellement les vieilles bourgeoises de Charlottenburg qui sont pourtant imbuvables parce qu'il faut vivre à Charlottenburg pour les voir, il faut aller dans cette autre bout de monde pour découvrir le spécimen. Elles ont, à leur tour, sûrement peur des jeunes de Neukölln, qu'elles imaginent sûrement tous turques ce qui est l'équivalent de l'arabe en France, mais elles n'ont pas peur de les rencontrer. Et les gens de Neukölln sont très peu au courant de la misère de Wedding et du cool de Wedding, personne, à part s'il est forcé, ne fout les pieds à Lichtenberg. Tout le monde connait Kreuzberg et Friedrischain qui sont un peu des emblèmes parce que le mur et les punks mais la vision de Mitte est très différente selon qu'ont vive dans l'ancien centre de Berlin Ouest (Charlottenburg etc.) ou dans l'ouest hype.  Il y a tellement de Berlin qu'aucun d'eux n'est obligé de se voir, non seulement parce que cette ville est gigantesque mais également et surtout parce que de ce gigantesque chaque quartier et même chaque kiez a fait un petit royaume avec ses petites règles, avec son art des cafés, avec son art du shopping, avec sa façon de s'habiller, avec son sectarisme propre sans considération pour celui d'à côté; maintenant que j'y pense, c'est sûrement l'influence du fédéralisme.
Il faudrait que je prenne des photos, je vais prendre des photos de ces gens qui ne se voient pas et vous verrez ce que je veux dire.


dimanche 23 décembre 2012

spanish boots of spanish leather- Bob Dylan

Je n'ai rien dit sur le fait d'avoir vu Bob Dylan en concert cet été. J'ai vu Bob Dylan en concert cet été. Cet été je lisais aussi Chroniques de Bob Dylan, cette année je suis allée à l'exposition sur Bob Dylan à la Cité de la musique. Et j'ai compris quand j'ai vu Bob Dylan en concert que ce n'était jamais pour Bob Dylan, ça n'a jamais été lui, en tant que personne, ou plutôt ça a toujours été Bob Dylan et jamais Robert Zimmerman. Depuis ce jour, à 13 ans où j'ai écouté Hard rain sur le tourne disque de mon père, quand je pensais que Bob Dylan était en fait une figure du rock des 70's,  non avertie de toutes les accusations de trahisons après Highway 61 revisited, alors que je croyais que Bob Dylan était dans la même veine que Pink Floyd, avant de pouvoir être l'une de ces millions de personnes qui sont au courant que Hibbing est une ville qui existe au Minnesota alors même qu'elles sont incapables de placer le Minnesota sur une carte. Parce que Bob Dylan, avant Jack Kerouac, et c'est une chronologie que je trouve intéressante, à changer ma vie. J'ai lu "Sur la route" après avoir vu No Direction Home de Martin Scorcese car il disait "j'ai lu sur la route vers 1959, ça a changé ma vie comme ça a changé la vie de tout le monde". Bob Dylan est venu comblé tous les blancs de tous les moments de ma vie. Il y a une chanson de Bob Dylan pour resoudre chacun des instants blessés de mon histoire, tout a l'air plus réel lorsqu'un de ses titres est joué.  Dès que j'entend l'une de ses chansons, il m'est permis de ressentir enfin car les mots, les sons, l'intonation pour ce sentiment existent et mon esprit peut tranquillement s'y appuyer comme on s'aide d'une canne, pour avancer. Et ça n'a rien à voir avec Robert Zimmerman,  j'ai compris à ce concert que ça n'avait jamais été à propos de lui, j'ai pleuré parce que c'était ses mots dont j'ai été amoureuse toute ma courte vie car l'amour c'est forcemment ça. Je n'ai jamais pu me départir du fait qu'il sait mieux que quiconque que l'art c'est tout sauf la vie, qu'il y a ce fossé immense entre les deux qui donne l'illusion presque optique de la continuité, qu'il y a une inadéquation quasiment insupportable entre ce qu'est le quotidien, et toutes les vies sont quotidiennes, et le chaos intérieur de chacun, cette continuelle instabilité du sentiment, la versatilité d'être, que l'art est cet inlassable déchirement entre la répétition des jours et le temps qui passe, l'état schizophrénique d'être à la fois toujours et jamais la même personne et ceci constamment, no direction home, "Now I'll cry tonight like I cried the night before And I'm released on the heights in but I'll dream about the door It's alone, she's forsaken by her fate, worse to tell "It don't have approximation", she smiled, "Fare thee well" le monde est mon huître, mon cul. Mais mon dieu Bob dylan stabilise le tout, il calme tout, il simplifie tout, les larmes sont autorisées, le bonheur est atteignable, la vie ne coincide pas avec l'art et les deux sont magnifiques, qui se préoccupe de la définition? l'important ce sont les mots qui ne sont pas qu'une autre façon de se dissimuler. Il laisse croire  qu'il est tolérable de vivre sans pouvoir jamais dire parfaitement le moindre mouvement intérieur de l'âme et que cette incapacité qui pourtant fait si mal n'est pas si grave. Et le concert c'était ça multiplié par mille, il en avait toujours rien à foutre et j'avais enfin 24 ans et il touchait encore et toujours presque au superbe, il refusait d'être stable et je n'étais certainement pas là pour rencontrer Bob Dylan mais pour écouter Bob Dylan. Bob Dylan est pour moi une constante épiphanie et lors de ce concert je me suis demandée si épiphanie et orgasme n'étaient pas deux dérivées d'une même formule. Et j'ai compris ce que Lacan voulait dire par "il n'y a pas de rapport sexuel" et dans un concert, malgré tous les applaudissements en rythme, tous les chants a-cappella, toute la communion imaginaire, il n'y aura pas de rapport sexuel, et la seule réconciliation se fait par la musique.

jeudi 25 octobre 2012

[be all and end all] Flip Grater



Le don d’ubiquité attaché à l’être, non pas être en plusieurs endroits à la fois mais pouvoir être n’importe qui, se défaire de l’obstacle du lieu pour se concentrer sur le problème de l’espace, comment ne faire qu’un ? Comment vivre dans l’ensemble, dans l’idée du monde, dans le monde en tant que tout, qu’entité globale et non sectaire, comment vivre l’universel d’un point du vue politique ? Arriver à rassembler les gens autour de l’autre, autour de soi. Se placer au-delà du jugement, constamment.
Se rendre compte qu’on aime. Une chanson, il s’agit de la musique et des voix qui se superposent, il s’agit d’un dialogue et des voix qui se superposent, il s’agit d’un livre et du temps qui se superpose, on peut parler alors de bonheur, et on emmerde le reste.

dimanche 26 août 2012

[divine idylle] Vanessa Paradis

Au restaurant ce soir, j'ai pleuré partout où je pouvais être seule, de ces larmes que j'étais incapable d'arrêter. A grosses larmes, sanglots étouffés. Mon corps a vacillé, plus rien n'avait de prise, le monde autour, voix après voix, une blague après l'autre m'était insupportable dans son idée même, j'ai été secoué à nouveau avec une vigueur moindre mais une angoisse et une douleur redoublées du même mal qui m'avait frappé quand j'avais appris sa mort au téléphone. divine idylle est passé à la radio, alors que je repensais à son dernier sms, alors que j'avais, encore, encore, rêvé d'elle la nuit dernière, et c'est arrivé tellement vite, et c'était tellement fort, mon souffle m'échappait, mes jambes, mon estomac tous voulaient me fuir tant "j'habitais une douleur", je n'ai rien pu faire, tout s'éparpillait, j'étais spectatrice de mon propre malheur,  face à cette peine incompressible qui a surgi et que je n'avais pas vu venir, j'ai revu son rire dans la voiture que conduisait JD en direction de la plage, le nom ne revenait pas, qui était donc cet homme qu'elle avait finalement choisi d'aimer, par qui elle était heureuse, ce dernier sms. Je ne sais pas pourquoi j'écris, j'ai besoin de dire que j'ai mal, que ça ne va pas mieux, qu'en fait ça ne va pas mieux, que ça m'étrangle, que c'est sordide tellement j'ai eu mal sans avoir aucun contrôle, parce que ça m'a surprise, que ça n'a jamais été à nouveau aussi douloureux depuis longtemps, que je pensais enfin qu'on pouvait tourner la page d'une amie décédée, que même c'était indécent de ne pas savoir le faire tant ça peut paraître insignifiant au regard de la douleur d'une mère, mais ma volonté n'y peut rien, je n'ai pas commandé ce soir, et j'ai eu peur, et j'ai peur parce que je ne comprend pas, je n'y comprend rien.

dimanche 19 août 2012

[Pride is weaker than love] Michael Mayer

Le "je" en littérature est un "je" dangereux. J'ai lu cet article dans Le Monde des livres sur la mort du roman, les écrivains n'inventent plus, ils écrivent sur eux, sur leur famille, ils enquêtent sur quelqu'un de connu, avec de beaux mots et une ponctuation intelligente. J'ai remarqué après que je ne lisais moi même pas de romans en ce moment, je lis "Chroniques" de Bob Dylan et "Equinoxiales" de Gilles Lapouges. J'ai emmené pourtant des romans mais je ne les lis pas. Le "je" a tout mangé. Il a commencé en donnant chaque fois un peu plus de place au narrateur, qu'on ne voit pas chez Rabelais, qu'on entend à peine chez Balzac, qui se fait remarquer chez Gide et qui n'en finit plus de parler chez Proust. Le narrateur est le personnage, on tire les rideaux de la fiction, circuler il n'y a plus de Kharamazov à voir. C'est le "je" qui parle, le "je" qui écrit et le "je" qui lit. Quand on écrit "je" on pense à soi, à ce "je" de papier aussi, celui qu'on veut voir exister et enfin à ce "je" lecteur qui lira "je" en faisant l'expérience de lire ce "je" sans penser directement "je". Le lecteur remonte la rivière en sens inverse. On s'y perd.  le "je" en littérature est un "je" dangereux. Il laisse croire qu'on se livre, il laisse croire qu'on participe mais le Narrateur  reste sans prénom et Bob Dylan quand il écrit omet plus qu'il ne livre. Pourquoi donc cette obsession de l'existant? Pourquoi nos écrivains ne rêvent-ils plus?  On n'imagine plus le monde alors? On le déchiffre, on le comprend de manière pragmatique et donc bête? Je me demande où se sont cachés tous les personnages à inventer, dans quelle pièce sont-ils tous partis et pourquoi nous ont-ils laissés seuls avec la lourdeur du réel, lourd comme le mois d'août caniculaire où fermer et ouvrir les fenêtres c'est encore ne rien faire.
Pourquoi délaisser ce qui pourrait être pour n'écrire que sur ce qui est? Le roman c'est une déclinaison du futur, puisque c'est ce qui n'existe pas, au présent comme au passé, la biographie, l'enquête c'est toujours le retour, c'est toujours l'anti-projet. Comme si on pouvait croire à cette connerie qu'on essaie pourtant de nous  inculquer depuis bien trop longtemps, que le monde est à comprendre et pas à inventer.
Mais si le roman abandonne alors c'est l'effritement premier, le cinéma suivra, lui qui doit tant à la littérature et bientôt la musique sera un refuge trop exigue pour loger tous nos petits rêves qui n'auront déjà plus les mots comme on efface d'un portrait les yeux, tout ce qui fait qu'avoir peur c'est aussi espérer, j'ai l'impression qu'avoir peur c'est de plus en plus uniquement craindre, et je ne sais pas lequel est arrivé en premier, est-ce parce qu'on a peur que le fictionnel s'amenuise ou est-ce l'inverse? Et j'ai  le préssentiment qu'il s'agit de l'inverse et qu'il faut imaginer d'abord comme dirait  presque Alain.
 "Tout enfant recommence le monde" écrit Thoreau, alors c'est peut-être seulement que les écrivains ont grandi et qu'ils ont oublié comment prendre la seconde à droite puis tout droit jusqu'au matin.

jeudi 31 mai 2012

-words in the fire- Patrick Watson

N'être bonne à rien, capable de rien et le savoir. J'ai beau aimer je n'atteins pas la compréhension nécessaire, tous ces livres que je lis je n'en perçois que le reflet trouble, leurs vérités me restent inaccessibles, leurs sens brillent mais le contour reste flou, Icare trop loin du soleil, je ne comprend rien, je suis juste une groupie, avec la limite de toute groupie, la fascination devant l'inatteignable. Et paraître intelligente, ce n'est pas être intelligente, c'est juste savoir singer, pour autant je ne trompe personne, même pas moi-même.

lundi 14 mai 2012

[love minus zero/no limit] Bob Dylan

Le monde est triste et chacun voudrait que sa tristesse ait un sens.

mardi 21 février 2012

[no direction home] Bob Dylan

Un article dans Philosophie magazine sur Souleymane Bachir Diagne. J'aime le prénom Souleymane, j'entend ma mère dire "C'est tonton Souley au téléphone". Thierno aussi, ce prénom renvoi directement à ces conversations d'un temps passé que j'écoutai alors que ma tête posée sur son genou, ses mains appliquées à me tresser les cheveux, ma mère parlait à des amies dans le salon, à Abidjan, à Ziguinchor. Ce monde qui persiste en manque originel et constructeur, j'en aperçois des fragments parfois. Dans le métro cet homme en grand boubou bleu ciel, basin magique, homme fier, cette apparition dans ce transport de la déprime, du trop souvent, du dégoulinant de solitude. Il est passé sur le quais alors que mon wagon partait comme un signe que les choses pouvaient advenir. J'ai eu cette boule au ventre alors, celle accompagnée d'un coeur qui bat fort entre le manque et l'attente, l'excitation et le bonheur boiteux du plaisir de la mémoire, celui dont il est impossible d'espérer qu'il dure.
Cet homme est tous les hommes de mon enfance, qui venaient à l'improviste prendre le thé, ce thé sur le fourneau, les trois thés à la menthe de l'après-midi sur la terrasse du penthouse, hommes importants mais souriants dont les boubous relèvent plus du faste que n'importe quel costume dans mon esprit. Ces clichés qu'on n'ose pas dire. Et pourtant j'en rêve parfois. Revenir dans un monde où je serais noire pour de bon et non la noire, hors de ce monde où trop souvent, même si peu fréquemment, j'ai le sentiment de devoir m'imposer ou de vouloir disparaître pour pouvoir exister.
Dans ce monde, sûrement connu par d'autres, où j'ai le sentiment de devoir être plus pour me sentir enfin assez. Que puis-je contre le fait qu'il n'y ai que certaines odeurs pour moi qui évoquent le terme maison? Odeurs que je ne sens depuis longtemps uniquement par accident.

mercredi 7 décembre 2011

[a long time ago] Mayer Hawthorne


"no man is an island entire of itself [...] every man's death diminishes me/because I am involved in mankind"écrit John Donne. Plus encore qu'il n'est pas une île, chaque être humain est un Etat fédéral, chaque homme est un pouvoir central autour duquel s'agrègent des entités fédérées. Chaque disparition d'un homme laisse ses Länder flottants, crée une désunion profonde, effrite le lien originel des personnes entre elles. Chaque mort humaine est un Etat qui disparaît. Il disparaît avec toute sa procédure, tous ses rituels, tout son signifiant, son destin commun il l'emporte avec lui, il fait disparaître un pan du vivre ensemble. Son drapeau flotte sans faire signe, il laisse la trace de cette fête nationale qu'on ne célèbre plus, de cette hymne qu'on n'entonne plus. Il laisse les anciens états fédérées à la recherche d'un lien, d'un bund, qu'il est difficile de reconstruire. Comment fait-on pour s'aimer entre nous lorsque l'être que l'on aimait en commun n'est plus?

*****
Je lis en ce moment Autoportrait en vert de Marie Ndiaye, elle définit la jeunesse ainsi : "la croyance en l'infinité de possibilités, l'illusion qu'on peut toujours et toujours se refaire, que toute trace dure un peu puis finit par disparaître"


mercredi 23 novembre 2011

[Happy, sometimes] Lawrence aka Sten

J'ai rêvé de M. G. cette nuit, rêve où l'on se faisait la promesse simple et joyeuse de passer la journée ensemble. Je me suis rappelée le réveil de cette première nuit à deux, où j'étais sûre que ce n'était pas réel tellement je l'avais espéré et où je me suis réveillée à côté de lui, dans cette chambre immaculée éclairée à la lumière douce de l'hiver berlinois, ce jour où il a tout envahi, pour un certain temps.
Aujourd'hui était un matin heureux.

jeudi 3 novembre 2011

[Michicant] Bon Iver

J'ai vu Before sunrise, sur les conseils d'un ami, ça m'a rappelé qu'il fallait écrire, pour que la mémoire fonctionne, pour collecter les petits moments comme les grands. Ce film m'a aussi rappelé à moi-même, à la vie comme j'essaie de l'entendre, sans concession, pleine d'absolus incompressibles dans des relations canapés et thés, incarnable dans des conversations autour d'un thé, car le thé n'est que le prétexte au dialogue, la marche n'est qu'un moyen d'aller vers l'autre, la voix n'est qu'un chemin qu'on essaie d'emprunter à deux, comme Heidegger explique que l'homme s'incarne dans le langage, que le corps de l'être, ce par quoi il apparaît, ce sont les mots.
Alors je veux être amoureuse comme ça ou alors jamais, je veux de l'impérieux, je veux du magique et non du quotidien et non de la magie dans le quotidien, je veux quelque chose qui change le quotidien en une succession de jours heureux, en succession de jours qui font sens, sauter du train comme dirait B. Je ne veux plus avoir peur d'être moi, être effrayée de ne rien penser, de ne pas oser dire ce que je pense ou ce que je ne pense pas, avoir peur de pleurer, de trop sourire, avoir peur de ne pas me tenir de la bonne façon, d'avoir des tics bizarres en public, d'avoir un rire dans le vide d'un silence, ou alors je veux continuer d'avoir peur de tout ça toute ma vie, je voudrais que s'il y ai doute, il soit fondamental, il soit définitif, qu'il ne puisse être guéri que par un amour assoiffé, que Thésée me sauve ou que Dionysos m'enthousiasme, je veux Prométhée et l'art du sacrifice, de l'héroïque dans ma tasse de café, qu'elle soit tiède voir même refroidie, parce que trop occupée à savourer le souffle je ne percevrais plus le goût. Que la vie soit une synesthésie, qu'elle se démultiplie sans cesse en un geste tendre, de cette main qui prend un stylo de la seule manière dont elle sait le faire, de cette force à aimer que seules les mères possèdent,
alors je n'aurais sûrement rien, mais je ne serais pas déçue car l'idéal quelque fois se suffit à lui-même pour permettre à la vie de continuer.




vendredi 30 septembre 2011

[After Laughter] Wendy Rene

J'écoute chanson, je ne l'avais pas écouté depuis fin juillet. Comme Berlin me manque, comme je n'arrive pas à le dire, il n'y a aucune photo de nous ensemble, assis sur les quais au soleil, à attendre le S bahn, au sortir de l'about blank, ma dernière soirée en club à Berlin, ce dernier moment où on voulait encore croire que rien n'allait changer. C'est fou comme c'est toujours et surtout le quotidien qui manque, je voudrais pouvoir envoyer des textos pour aller rejoindre J. et J. à Görli, pousser sur facebook A., G. et T. à me distraire au Honigstein, aller manger avec M., boire des bières sur le Landwehr kanal. Je veux tout et tout de retour et tout intact, je veux revoir J. débarquer dans le bar en hurlant "mercredi à la gare, je m'appelle le bordel", et Paris c'est Paris et Paris est belle, intelligente et grâcieuse, mais Berlin c'est chez moi, je suis le chat se frottant à ses cuisses, paniqué et curieux hors de la maison, mais toujours pressé d'y rentrer. Mais le foyer est une fois de plus détruit, Hestia a encore déserté, partie vers d'autres missions.
Alors j'écoute After Laughter qui me ramène à ce dernier lendemain, et ça voulait tout dire à l'époque, ça a encore plus de sens maintenant, parce qu'ils me manquent et qu'on ne s'envoie plus de textos pour aller boire un café ou faire cuire des pâtes ensemble.

lundi 6 juin 2011

[ Luka] Suzanne Vega

Samedi soir a été une nuit assez inoubliable dans le bar où je travaille, même si nous n'étions que trois la plupart du temps et que les deux autres étaient deux inconnus. Ce qu'il est utile de savoir c'est que d'une part cette nuit a duré jusqu'à 14 h de l'après-midi, d'autres part que Marcus, qui procure du rêve à la pelle, a dit "I know I'm skinny and that you could easily kick me, but let me tell you that if there were battle of souls, my soul would kick the fuck ass of your soul" et aussi qu'il a mis "luka" avant de lever les bras en criant "this song means a lot to me". Marcus mesure 1m90, a 31 ans, est professeur d'anglais et parle un allemand parfait, il a montré son cul en grimpant sur l'une des tables du bar en plein milieu de "I like to move it, move it". Grande nuit.